echalot-lover blog d'André Perchet
Extrait lettre à Marie
9 novembre 2001
Chère Marie,
Dorénavant, tous les premiers mardis de chaque mois, je m’adonne à un rituel masculin. Nous nous retrouvons à trois ou quatre vieux potes dans un resto bien singulier (la porte n’a pas de poignée, il faut frapper et être connu pour entrer, les rideaux sont toujours tirés, la lumière est dispensée par quelques ampoules faméliques, on ne paie qu’en espèces (100 F), la salle n’a pas été refaite depuis 40 ans, le menu est invariablement le même (charcuterie, lentilles en salade, confit ou filet de bœuf patates frites, fromage, glace vanille avec sa rasade de rhum), on coupe soi même son pain dans des baguettes qui passent de table en table, idem pour les bouteilles qui circulent et se vident à volonté. Les occasions d’aborder untel ou untel sont nombreuses car les deux tenanciers se foutent comme de leur première culotte, de donner à chaque table sel, condiments, carafe d’eau. Il faut donc se lever fréquemment pour récupérer aussi les cornichons ou la moutarde. Et c’est là le miracle de la formule. La clientèle est à 100% masculine hormis quelques femmes peu farouches (pas de ce que vous imaginez mais plutôt complaisantes sur l’excès de boisson, la fumée, le saucisson mangé avec les doigts, le niveau sonore, les conversations sur les bagnoles) En règle générale, l’ensemble des convives parle de travail (un peu), de politique (beaucoup), de cul (assez). J’avoue que cette escapade, un tantinet machiste, dans un univers politiquement incorrect a quelque chose de sain (attention tout de même à la dose à ne pas dépasser ). Ce qui unit notre tablée est notre appartenance au même univers professionnel, une camaraderie de plus de 20 ans et un éclectisme philosophique. Nos sujets préférés la religion, les élections, le foot, les livres et pourquoi vous le cacher…les femmes. Mais dans ce domaine là, tout se passe dans le plus strict anonymat, la connivence étant ennemie de la confidentialité.
Je vous embrasse
André
au plaisir a bientot