Vois mon amour
Ce train qui arrive
Et dire qu’il m’emportera
(un jeune homme)
On se connaît ?
Vous niez
La nuit m’aurait-elle floué ?
(un arrivant)
J'ai un nouvel anorak
Avec lui je me sens mieux
Promis, j'ferai pas ma tête à claques
(une gamine)
J'aime regarder de près
Ces objets banaux
Et percer leur mystérieuse beauté
(un observateur)
Qui est derrière moi ?
J’aurais besoin de parler
Mais je n’ose
(un vieil homme)
Tous les jours
Je passe par là
Ca me lasse, m’entendez-vous ?
( un employé)
Je fais mine de lire
Je tends l’oreille
Mon miroir ?
Pour voir ce qu’il y a derrière
(une curieuse)
Non, non je lis
Je ne veux pas te voir
Photographe du soir
( un intello)
Dort compagnon à mes côtés
Je t’ai usé jusqu’à tes cordes
Toi qui n’est pas de bois
(une violoncelliste)
Maudits soient les trains en retard
Mon amour, je suis en pétard
Pour me calmer, je me remets du fard
(une amante)
J’embarque au dernier moment
Car je ne veux voir personne
Les autres m’assomment
(un voyageur)
Je ne pleure pas, j’m mouche
Il n’est pas encore imprimé
Le roman qui me fera chialé
(une dame d’âge mûr)
C’est bien beau
Tous ces couloirs
Mais je suis fatigué
(un habitué)
Vous aurez toujours un frisson
Quand vous me croiserez
Gens ordinaires !
(un marginal)
Eh miss, je suis sur la photo ?
Je crois bien que non
Elle pointe au plafond
(un dragueur)
Tiens, dans le banc
Je vois la verrière
Dommage que je sois pressé
(un retardataire)
C’est mon clone là dans la vitre ?
Mon Dieu qu’il est beau !
Je vous ai vu aussi
Quand vous passez, vous vous admirez
(un badaud)
Cathédrale laïque
Tu as aussi tes vitraux
Habillant les cieux de mosaïques
(un artiste)
Moi aussi je veux aller à Anvers
Voir les couchers de soleil souterrains
Et me perdre dans leurs images
(l’auteur des vers)
André Perchet
en hommage au reportage photo de Catherine Minala à la gare d'Anvers