Partager l'article ! Et je suis fière d'être Bourguignonne !: Texte publié chez We love words - concours n° 31 du club "finis ton verb ...
Texte publié chez We love words - concours n° 31 du club "finis ton verbe"
Pas étonnant que je me sois perdue ! Je suis une valise sans voyageur ! Je fais la navette entre Paris et Dijon, toute seule comme une grande. Les deux cousins du Sénégal, qui partagent mes services, n'ont rien trouvé de mieux pour s'échanger des denrées, que de me déposer dans le train et me laisser. Un discret SMS indiquant le numéro de la voiture et ils viennent me récupérer. Je pars de Paris avec de la viande de brousse et je remonte à la Capitale avec de la « beuh », cultivée dans les Hautes-Côtes de Nuits. Je porte une étiquette au nom d'un certain Séné Gallet domicilié à l'adresse d'un petit commissariat de Paris ! Ni les contrôleurs ni les passagers se méfient de moi. Je ressemble tant à une Française ! Trop sans doute, car il y a trois jours, une vieille dame descendant à Montbard, m'a confondue avec son bagage. Comment en vouloir à cette octogénaire, excitée à l'idée de visiter l'abbaye de Fontenay, de m'avoir emportée sans discernement. Depuis, la pauvre vieille, elle ne vit plus, avec tous ces policiers qui la questionnent. Et que dire de l'état de son cœur, lorsqu'elle m' a ouverte ! Au lieu de trouver son pyjama en roudoudou, elle est tombée sur de joli bras bronzés dans des sacs sous vide. C'est fou, ce que les macaques boucanés peuvent ressembler à des bébés. Ses cries d’orfraie, retentissant sous les voûtes séculaires du bâtiment cistercien transformé en gîte rural, ont semé la panique. Le curé, qui encadre ce groupe de vénérables paroissiennes, à d'emblée pensé à des offrandes diaboliques pour une quelconque messe noire. Il s'est réfugié dans la chapelle et depuis refuse d'en sortir tant que l’Évêché n'aura pas dépêché un exorciste . Plus prosaïque, le propriétaire des lieux a appelé à la rescousse son ami du Rotary, le vétérinaire. Pas question de prévenir tout de suite la gendarmerie qui débarquerait avec le correspondant local du Bien Public. Cela ferait trop désordre dans le business. Le véto, plutôt accoutumé aux césariennes chez les Charolaises qu'aux primates en atmosphère contrôlée, a néanmoins identifié la marchandise. C'est lui qui m'a emmenée chez les pandores et les a persuadés du petit mensonge de la découverte du pot aux roses à la sortie de la gare en échange de quelques libéralités sur l'origine des moutons du méchoui annuel de la Brigade. Faut bien vivre en bonne entente dans ces contrées reculées ! Bien que Montbard soit la patrie du grand naturaliste Buffon, la force publique m'envoya dès le lendemain, me faire voir à la Police scientifique pour le compte des Douanes, à Dijon. Mais voilà qu'arrivant dans la cité de la moutarde, les chiens renifleurs de cannabis, se mirent en émoi à ma vue. Ce qui déclencha une guerre des services entre la « brigade des stupéfiants » et la Volante. On dû réveiller le Préfet pour trancher. Celui-ci demanda à me voir et l'on dépêcha un taxi pour ce faire. Ironie du sort, dans Dijon, éventré par son maire socialiste, qui se prend pour le baron Haussmann, les vols à la tire sont devenus nombreux. Les malfaisants se dérobant facilement à pied aux travers des tranchées, barrières et tas de sable qui jonchent la ville. Lorsque les deux gitans m'ouvrirent le couvercle, ils eurent néanmoins un haut le cœur ! Cette bidoche de gadjots ce n'était pas du niglou ! Ils sentirent vite qu'ils avaient affaire à plus piquant que du hérisson. Soit ils nourrissaient leur pitbulls avec cette denrée, mais ils y tiennent trop, soit ils cherchaient conseil dans leurs relations. Un ancien légionnaire, devenu videur de boîte de nuit, leur indiqua que seuls des Africains peuvent manger une telle ratatouille. C'est alors qu'ils prient langue avec un dealer sénégalais. Il leur acheta sans sourciller le lot hier. Vous vous rendez compte de sa joie. Il appela son parent à Paris et lui dit « tu sais, cousin, la valise est venue toute seule à la maison ! ». Je crois que je vais en effet rester ici. Le placard est confortable et d'ailleurs mes roulettes sont percluses d'arthrose !