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Ma femme forêt
Je décidai par un après-midi famélique
De coucher son corps blanc sur le papier
Après l'avoir exploré à l'ombre les halliers
En des combinaisons de mots hérétiques
Alors que je pliais sous les frondaisons
Il me vint à l'idée de caresser ses seins
Avec dans la paume une pomme de pin
Dont chaque écaille générerait un frisson
M'empêtrant dans une volubile clématite
J'eus la vision de ses mains attachées
La prisonnière de mes obscures pensées
Devint désireuse de mes audaces maudites
Frôlant la grume blanche d'un bouleau
Ses stries frémirent telles des hirondelles
Comme ses yeux pétillants d'étincelles
Annonçant alors que coule son ruisseau
Une fourche d'un taillis de châtaigniers
Me remémora son bassin de danseuse
Sa souplesse et ses transes fougueuses
D'une amazone maître de son destrier
Mes doigts curieux explorant un tronc
Découvrirent cachée sous un usnée barbu
Une fente d'où émanait des parfums crus
Pareils aux enchantements de sa toison.
Tirant de son sommeil un bouton de silène
Que je cueilli pour le porter à ma bouche
Je retrouvai la saveur qui souvent effarouche
Des petits œillets violets si chers à Verlaine
Un rond d’œufs du diable tapis dans la mousse
M'évoqua nos imaginaires cercles d'étalons
Ou rondes de femelles avides de garçons
Hallucinations partagées de secrètes frousses
De fines silhouettes furtives dans la brume
Comme les lointains brames des dix-corps
Firent écho à la sauvagerie de nos rapports
Accouplements brutaux vécus sans amertume
Et que dire des feuilles au vent frémissant
Rappelant les suaves ondulations de sa peau
Caressée par la brise osée au sortir de l'eau
Couleur caramel léchée par cet été finissant
André Perchet