Dimanche 22 juin 2008
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Avril 1967, j'ai onze ans. Je suis hospitalisé à Paris. C'est grave, je risque gros. Je le sais confusémment. La clinique où je suis
échoué est tenue par des religieuses. L'ambiance est l'avenant. Triste,pieuse, afligeante ! J'ai le coeur gros. Je m'ennuie de mon village, de mon école ! On me prend en pitié. De cette époque,
je hais les apitoiements. La seule qui m'amuse c'est Wanda. Wanda est une "fille de salle" comme on dit à l'époque ! Mais Wanda est gentille, elle ne connaît rien à la campagne et me questionne
sur la traite des vaches, les tracteurs ... Cà l'amuse beaucoup ! Je suis trop jeune pour comprendre qu'avec son accent et son prènom, elle vient d'un autre monde. Pour moi, le monde se résume en
deux lieux,mon village et Paris. Wanda doit avoir vingt ans à peu près. Nous sommes un an avant Mai 68 et Wanda a un lourd secret à garder : elle se maquille ! Inconcevable pour les religieuses
d'alors. Elle doit avoir aussi un amoureux qu'il l'attend à la sortie, car Wanda se refait une beauté en douce avant de sortir. Je le sais car un soir, elle m'a pris par la main et emmené dans
les toilettes des filles ! Là, elle s'enfeme avec moi dans un lavabo et sort de son sac des petites boîtes mystèrieuses. Tu sais ce que c'est me dit-elle ? Non ! Du maquillage ! Cela ne me
disit rien ! Et la voilà qui commence à se pouder, s'étirer les cils avec du rimel, se mettre du rouge à lèvres. Quelqu'un entre dans les toilettes. On se fige tous les deux spontanément.
Bruitage évoquateur dans le cabinet proche, on pouffe. La personne sort. On s'esclaffe. Wanda ouvre la porteet me fait sortir; Excuse-moi dit-ellen je dois me changer;cinq minutes après, elle
sort. "T'es encore là toi ? " me dit-elle; File, tu vas nous faire repérer ! Je rejoins ma chambre. Je la vois qui s'enfuit en priant le Ciel de ne pas croiser de bonnes soeurs ! Le
lendemain elle reprend son service sans artifices, elle me glisse à l'oreille "alors comment tu m'as trouvée hier ? J'étais belle ? Bêtement je dis oui, elle m'embrasse sur le front. "Je t'aime
bien mon petit paysan" me dit-elle. Rapidemment, on me change de service, en vue de l'intervention. Je ne verrai jamais plus Wanda. Un an est passé. C'est le mois de Mai 68. A la télé, toutes les
filles que je vois, dans la rue ou dans les facs, ont toutes un air de Wanda ! J'espère qu'elle peut enfin arriver maquillée !
Par echalot-lover
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Publié dans : Nostalgie
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