Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 20:04

Le 1er Mai, pour la première fois, j'étais allé au défilé des syndicats. Muguet à la boutonnière, je criais machinalement les slogans pré-mâchés, les mots d'ordre tout faits, les incantations vaines. Les veilles de ce dimanche ensoleillé, un n-énième collaborateur de la firme s'était immolé par le feu. Le lundi au petit matin, alors que je me contemplais devant le miroir de la salle de bains, la nouvelle de la mort de Ben Laden envahissait les ondes. "La Bourse va sûrement remonter" me dis-je dans mon for intérieur. Le monde était dirigé par les marchés et les marchés s'effarouchaient ou s'emballaient comme des pucelles. La mort de mon collège n'avait fait fléchir ni Wall Street ni le Palais Brogniart !!! Cependant la machine à détruire des vies continuait à tourner à plein régime. Consignes contradictoires, surcharge de travail, audit incessant des « anthracites », refus des dates de congés, émiettement des repos, mutations arbitraires, imposition de l'anglais comme langue de travail, j'en passe et des meilleures ! Moi, j'étais entré aux Télécommunications en 1981, porté par la vague rose d'embauches de nouveaux fonctionnaires. Et bien que moulé dans cette ambiance de service public pendant une dizaine d'années, j'avais avalé assez vite la privatisation et les nouveaux critères d'efficacité. J'avais joué le jeu et ma hiérarchie le savait; pourquoi maintenant étais-je moi même sur le banc des accusés ? Alors, c'est ce 2 Mai 2011, que j'avais pris ma décision. Leur péter la gueule ! Comme Ben Laden l'avait fait ! Dans la journée, me vint l'idée de l'arme que j'allais utiliser. Des oranges !!! Mais confites à ma manière !!! J'imaginais donc une grande bassine de cuivre dans laquelle je mettrai à bouillir le sucre, les agrumes et l'arsenic. Ensuite, j'envisageai de préparer des lots de trois fruits dans un emballage luxueux de couleur violine. Puis de fabriquer des cartes de visites d'un cabinet de consultant bidon avec ce slogan « garder l'essentiel du fruit ». Et bien sûr, peaufiner la liste des destinataires. Il y aurait bien entendu le Président et le Directeur Général. Mais aussi les lampistes !!! Ma Directrice des ressources humaines, qui m'avait contraint à suivre un stage « estime et confiance de soi », mon chef de service qui avait annulé le jeudi précédent Pâques mon week-end pascal prévu à Jérusalem, la stagiaire de Sup Telecom qui m'avait glissé un jour à l'oreille alors que je lorgnais ses cuisses « papy c'est ton ultime érection entre ces murs », le petit gars de chez Mac Kinsey, qui avait proposé de m'envoyer à la plate-forme de Saint-Quentin en Yvelines, alors que je résidais à Marne-la-Vallée, les différents « conducteurs de projet » … une liste qui ne cessait de s'allonger ! A laquelle je rajoutai une vingtaine de noms choisis au hasard pour brouiller les pistes. Mais quand vint l'heure de préparer cette mixture, je n'eus ni la force, ni les moyens de trouver de l'arsenic. C'était difficile de s'improviser terroriste. J'avais juste dérobé chez un ami éleveur de porcs un puissant laxatif couramment utilisé pour aider ces animaux constipés par la vie carcérale des porcheries. Je mis donc mon projet à exécution et nanti d'un déguisement je postai le tout dans un grand bureau de Poste de Paris. Une semaine plus tard, j'adressai un courrier à ces braves gens en leur assénant cette phrase  « vous avez voulu purger l'entreprise de ses collaborateurs, vous avez été punis par là où vous avez pêché ». Aussi incroyable que cela puisse vous paraître, et malgré mes avertissements anonymes à la presse, l'affaire ne fit aucun remous. Mais en interne l'enquête était féroce. Des moyens colossaux furent alloués à des officines privées. Je sentais le piège se refermer sur moi. Je pris donc la décision de m'enfuir. Loin. Cette année, je devrais prendre ma retraite. Mais hélas, je suis en exil de depuis dix ans. J'écris rapidement ces lignes depuis ma modeste demeure dans un village perdu du Pakistan. Ils sont là. Leur 4x4 fait le tour du quartier. Ils ont choisi ce jour pour me tuer. Je le sais, j'ai trouvé trois oranges confites sur ma table emballées grossièrement dans une page du rapport annuel 2020 de la société.

Par André Perchet Echalot-lover - Publié dans : écrit au 2nd degré - Communauté : trop dure la vie....
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Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 21:56

Texte publié dans le cadre du "concours du lol "

 

Ce challenge  consiste à traduire un SMS de rupture (écrit en langage "sms" et  avec de nombreux smileys) en texte littéraire. J'ai opté pour un exercice à cinq tiroirs : répéter le message dans des styles différents.

 

Les cinq « e-critures »

 

C'est précisément pour des incidents comme celui-ci que je te réaffirme que ce n'est plus possible ! Rends-toi compte ! Je t'envoies un SMS et tu ne captes rien !!! Tu satures ma BAL (boîte aux lettres) avec tes implorations d'explication. Tu fais exploser mon répondeur avec tes confessions pitoyables d'impuissance à comprendre. Tu as beau être normalien, directeur de la nouvelle collection «  Comédie Romantique » chez Flammarion et amant d'une khâgneuse dégourdie, telle que je suis, t'es quand même qu'un ringard, qu'un fake, qu'un « random » ! A cinquante piges, tu ne trouves pas mieux que de lancer ce concours sur « I love words » pour que d'autres traduisent mon message. T'es comme Champollion qui cherche sa pierre de Rosette. Et bien moi, je vais te le dire pourquoi je mets les bouts. Avec l'aide de cinq mâles français qui vont te mettre les points sur les I.

 

En Français Présidentiel : Casse toi sale con ! Quoique tu fis pour m'épater, tu es aussi « has been » que l'ex-roi de Corrèze, aussi sexy que MAM sur un dromadaire, aussi moderne que VGE et ses volcans. Moi, ce je j'aurais voulu, c'est qu'ainsi que la plupart des Français, tu te donnes les moyens de comprendre. Mais tu lances une consultation d'initiative populaire comme Madame Royal. Je suis donc déterminée, ainsi qu'une large partie de mes amis, à ne pas céder à ceux qui veulent faire stagner la France. C'est dur, c'est nécessaire, j'avance dorénavant sans toi.

 

Houellebecq dans le texte : Il se disait surfeur de modernité. Longtemps, rue d'Ulm, il avait eu ce sentiment de précéder l'anticipation même. Mais, cruauté élémentaire, une simple particule de silicium, venait de révolutionner l'écriture. Et ne voyant pas la nécessité hasardeuse de se plonger dans ce placenta numérique, il préféra endiguer l'enfantement de ce nouveau langage. Alors, il devînt évident qu'elle ne le supporterait pas. L'insolence suprême lui fut même affligée. Plutôt que de forcer ces petits caractères, il se lança, tel un mari candauliste, à faire déchiffrer l'intimité épistolaire de sa compagne par des hordes de traducteurs cocufieurs. Elle ne pouvait hurler que non, elle ne pouvait continuer la route avec ce fantôme aphone.

 

A la Jean d'Ormesson : Très Cher. Voici venu le temps des adieux. Non point que vous me déçussiez dans ma couche mais quelle désillusion vous me fîtes à ne pas décrypter, ce que nos amis d'Outre-Manche nomment avec leur désinvolture charmante : « SMS ou Short messaging services » . Plut encore à Dieu, que vous vous adressiez à une quelconque de vos conquêtes ancillaires pour traduire ces quelques idéogrammes numériques. Mais faute d'être Œdipe relevant le défi de la Sphinx, vous lançâtes ce singulier concours auprès du « vulgum pecus », et soudainement l'édifice s'écroula. La magie des mots, Très Cher, est rompue et le moindre des maux est de vous dire, je ne vous aime plus.

 

Comme José Bové : Scandaleux, on ne le dira jamais assez, scandaleux. Comment un intellectuel, qui devrait être partisan du développement durable, préfère l'archaïsme du vocabulaire, hérité de la société bourgeoise, à ces sigles intelligents et planétaires, créés par les communautés d'internautes ? Consommation énergétique, usure de l'appareil … avec le SMS on ne peut pas faire moins !!! Et puis, au lieu de soumettre ton problème au Comité de Coordination, tu pollues l'espace publique avec tes difficultés personnelles. Alors comprend moi : je suis verte de rage. Ton bilan carbone est inacceptable, je me désolidarise.

 

François Rabelais, comme bon il me plaira. Oncque honnest François à dame ne fît tant courroux. Lui qui parloit tous les Latins estoit trop roide à lire dessoins escrits curcivement. Mais amour treuve qu'on doibt estre assouvy. Grande desseürance et felonie envaïr la jouvencelle. Ydiot com moyne, galant habloit et haranguoit moult gens pour estendre et deschiffrer ce messaige. Tant qu'elle s'escria « asne, imbécille » et autres insults et advint tant qu'elle regnioit cet amoureux.

Par André Perchet Echalot-lover - Publié dans : écrit au 2nd degré - Communauté : Parlons d'amour
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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 17:33

 

 

La saveur lente de l'attente

Tel l'arrêt tripode du setter

Le gibier rôde dans le viseur

Pour une fluidité mirobolante

 

Le doigt crispé dans l'impatience

Tension respectée sans pause

Apnée amère des longues poses

Plongeant dans l'inconscience

 

L'image du temps suspendu

Coule entre les immeubles

Les passants tels des aveugles

Beuglent qu'on ne les voit plus

 

L'eau, les nuages sont en pâte

Ces traces que l'on exhausse

Espoirs que nul Dieu exauce

Miracle quand la beauté éclate

 

Une, deux minutes, une éternité

La lumière, photon par photon

A martelé comme un forgeron

Une image dans le fer liquéfié

 

Prague Minacat

 

photo Catherine Minala

Par André Perchet Echalot-lover - Publié dans : le monde est fou - Communauté : L'univers Magique..
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 22:53
  •  

    • La Seine mousse comme du lait chaud

      Les enfants dorment, ils n'ont pas école

      Les ponts s'étirent,ils ont mal audos

      Redoutant le poids des quêteurs d'obole.

       

      Le métro tousse comme un réchaud

      Les flics rodent, ils tâtent leurs Taser

      Les couloirs geignent des boyaux

      Pris de coliques chroniques policières

       

      Le camion poubelle ronfle comme un saxo

      Les éboueurs sifflent, ils chassent les rats

      Les trottoirs réclament un dermato

      Pour leurs arbres atteints de zonas

       

      La Tour Eiffel sue comme un métallo

      Les touristes sentent fort des aisselles

      Les escaliers veulent vomir illico

      Ecoeurés par les dessous des semelles

       

      Les kiosques brillent comme des joyaux

      Les chefs farfouillent les congélateurs

      Priant qu'on ne lise pas dans les journaux

      Que le micro-onde est aussi leur collaborateur

     

  • André Perchet
Par André Perchet Echalot-lover - Publié dans : la rue est un théâtre - Communauté : le texte voyageur
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Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 23:28

 

 

Averse

 

Il n' y a pas assez de mots
Pour dire la pluie
Le langage essuie
Les traces de l'eau

 

Neige

Laissez les flocons blancs
Sur vos cheveux beiges
Illuminer le poids des ans

Peupliers

De grands porte-plumes
Se mirant dans l'encre
Solides grumes
Ayant jeté l'ancre

 

Marée basse

Qui est donc ce peintre
Qui invita sur la grève
A une intime étreinte
La couleur et le rêve ?

 

Building

Il ne peut plus se voir
Le laveur de carreau
Des jours devant ce miroir
A faire briller son égo

 

Anvers et Liège

Les gares s'étirent
Et j' y perds mes pas
Tels des vampires
Font de mon temps, leur repas

 

Bouchots

Il y a des agricultures secrètes
Comme d'alchimiques boissons
Sur des boiseries discrètes
S'accrochent d'obscures moissons
Et de la mer surgissent des crêtes
Striant d'encre noire l'horizon

 

bouchots minacat

 

photo Catherine Minala

 

Brume

 

C'est une fumée sans feu
Une vapeur spontanée
Une invisible cheminée
Qui se ravive quand il pleut


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Par André Perchet Echalot-lover - Publié dans : écrit au 2nd degré - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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