Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 21:41

Chère Zuma,

 

Depuis ta fuite pour ton pays natal, nous te cherchons vainement. Les amis communs comme les plus puissants moteurs de recherche ne nous sont d’aucun secours. Après ton départ, une seule lettre, mais sans coordonnées. Cette omission, tu ne l’as pas voulue, tu pouvais être si distraite. Mais il serait terrible que tu sois persuadée de nous avoir indiqué ton adresse. Maintenant les enfants ont grandi, ils aimeraient bien connaître Vera Cruz. Souviens-toi aussi que nous avions dans ton pays un grand-oncle et que sa nombreuse descendance est ravie d’accueillir les cousins. Nous avons, comme tu le vois, bien des prétextes pour venir t’encombrer et pour partager à nouveau une maison. Te rappelles-tu ce pavillon coupé en deux où tu fus notre voisine ? Par la cloison mitoyenne, nous avons partagé une intimité toujours décente. Ne filtraient que les pas de ton homme, partant si tôt, si loin, inlassable voyageur. Ou les pleurs des enfants, de ta fille surtout, sujette aux cauchemars. Quant à Mamie Jeanne, qui aurait pu deviner sa présence ? Ta vieille belle-mère et toi, formiez un couple dont n’avions plus l’habitude ici. L’effacement devant le grand âge, la gentillesse, la patience, c’est ce qu’il y avait de plus exotique en toi. Depuis ton effroyable accident de voiture à l’adolescence, ton héros était le petit archevêque de Recife. Dom Helder était ton baume contre les cicatrices de la vie. Et dans notre quartier huppé, tu redoutais les griffures de la bêtise. Ni les étrangers, ni même les enfants n’y étaient les bienvenus. Toi qui n’avais pas de voiture, si peu souvent de mari et toujours la charge des petits et de l’aïeule, tu as tenu quatre ans. Et tu t’offrais de plus le luxe d’être belle, joyeuse, toujours indulgente avec notre fils cadet et le tien. Les garnements avaient fracturé à coup de ballon la clôture qui séparait nos cours. Aujourd’hui nous avons une nouvelle palissade de bois plein. Et pourtant quel trou béant tu nous laisses.

 

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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 16:52


Un des souvenirs les plus profonds de mon enfance est le chocolat au gôut de gaufrettes. Nous allions de temps en temps les jeudis après-midi, dans le village voisin où se trouvait une salle des fêtes paroissiale. Je ne me souviens plus des films que l'on nous projettait mais seulement des goûters. Une vieillle dame nous servait des chocolats chauds qui avaient à mon goût la particularité de sentir la gaufrette.
    De ces gaufrettes que l'on trouvait autrefois, avec des mots imprimés dessus, et contenant une pâte blancle entre deux biscuits jaune pâle. Ma grand-mère, qui tenait le café du village, en vendait. Elle nous en gavait et ce goût et cette odeur m'étaient familiers.
    Bien sûr, rapidement je fis part de ma découverte à mes camarades, ce qui me valu quelques bagarres avec les garçons et les rires des filles.Pour eux, le chocolat sentait le chocolat , et cette histoire de goût de gaufrettes étaiit encore une lubie de plus à mon compte. Je m'en ouvrai à ma mère qui trouva cela aussi fort bizarre.
    J'en étais à me demander si mon palais n'était pas la proie de quelque sortilège, lorsqu'un jeudi, je  vis arriver la cuisinière avec un paquet de gaufrettes maldoitement dissimulé sous son châle. La garce avait donc un secret. Elle devait dissoudre ce paquet de gaufrettes dans le chaudron où elle mitonnait son chocolat. D'où également aussi cette consistance du breuvage, un peu sirupeuse, chargée...
    Malheureusement aucun des autres enfants n'avait vu la preuve ! Revenir à la charge était donc vain et je laissai courir. Et j'en tirai une grande satisfaction personnelle, plus un enseignement pour la vie, celle de la sureté de mes goûts et l'absolue protection des secrets que les femmes  laissent parfois percevoir !

Contexte : Bourgogne - 1965 - 1968

 

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